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Voyage à travers la Martinique


La perle des Antilles, vous a livré tous ses secrets, et dans l'horizon pur des Indes occidentales, « paradis sorti de l'onde », elle vous a fait le confident de ses langueurs.

Jamais nuances changeantes de vert n'ont été, en des tons si variés tant prodigués par une nature généreuse que dans nos campagnes. Ici dans la luxuriance d'émeraude des fonds et des plaines arrosées de rivières et torrents tumultueux aux eaux glauques, là c'est le mordoré de la plante arrivée à son état parfait, et que concrétise le nom d'un de nos terroirs les plus réputés du Sud « La coulée d'Or ».

Ainsi, ont défilé sous vos yeux conquis nos immenses champs de cannes, si chaudement nuancés, ondulant en lames souples et harmonieuses, au gré du vent, source de prospérité incomparable pour un pays dont l'ardente vitalité n'a d'égale que la beauté de ses sites.

Vous avez, également, observé à la croisée des voies de grande communication piquetant de distance en distance, ces vastes plantations, des agglomérations où se déroule le cours de la vie provinciale.

Mais la quiète existence des bourgs ruraux, au crépuscule, reprend ses droits. Les paroissiens somnolent dans l'église qu'obscurcit l'ombre sacrée, les chalands acharnés d'obstinés mercantis, dernier remous d'une population qui s'endort, regagnent leur gîte.

Dans le rayon de ces coquets villages, les estompant de leur masse sombre, où fulgurent la nuit, semblables aux forges de vulcain, des fours incandescents sont : les usines à sucre. Elles érigent, comme une menace vers la nue, leurs colossales cheminées. Car les volutes de fumée qui en spirales s'élèvent vers un ciel d'azur tendu, voûtent d'un dôme d'airain le pays environnant, qu'elles semblent vouloir recouvrir entièrement. Ce nuage de fumée, embrumant l'air ambiant, n'empêche point cependant d'apercevoir à l'orée des ravins et en bordure des routes, de modestes cabanes dont les habitants sont fiers et dignes.

Mais, à la veillée dans ces chaumières, aux veillées funèbres surtout, à l'heure fatidique où les langues se délient, d'étranges légendes, circulent.

Alors que le mort gît revêtu de ses vêtements les plus propres, les commères du voisinage, agenouillées autour de lui, psalmodient les cantiques de circonstances en avivant la flamme de l'humble bougie, à ses pieds fichée, complément de son pitoyable lit funéraire. Les hommes par contre se sont retirés en un coin de la case. Là, autour des trois pierres de l'âtre, sur le feu duquel chante l'eau qui doit servir à infuser le café de la soirée, les têtes se sont rapprochées et les voix murmurent.

Un choc brusque, contre la porte, a fait frissonner l'auditoire. Le conteur s'est interrompu et les bouches se sont crispées sur l'onomatopée d'appréciation. Seul ne s'est point ému de ce heurt insolite, celui qui impavide sous le suaire de bure a gagné l'éternité. Mais laissons les rites s'accomplir et poursuivons notre route.

A nouveau sous votre regard, ont continué à défiler de vertes prairies, aux innombrables troupeaux, alors qu'aux creux des vallons surgissent des cheminées de moindre prétention qui situent les distilleries agricoles.

Par monts et par vaux ayant traversé un des principaux massifs de notre système montagneux les « pitons du Carbet », au front chevelu qu'orne un bandeau d'argent, fait de brouillards, vous êtes parvenu à la ville martyre : Saint-Pierre.

Tel le phénix, la vieille cité tant éprouvé est en train de renaître de ses cendres, cependant que ses ruines vous racontent son histoire.

C'est la Pompéi moderne avec ses faubourgs anéantis tandis que le Prêcheur vous rappelera Herculanum.

Mais pour accéder à cette commune, berceau de la colonisation martiniquaise, où l'ombre de Duparquet rejoint le souvenir de d'Esnambuc, vous avez dû cheminer tout au long de cette nouvelle chaussée des géants qu'est la route de St. Pierre au Prêcheur, bordée de blocs erratiques colossaux, qui vous fait cortège jusqu'au village détruit où tout n'est que désolation.

Il n'en a pas toujours été ainsi, car Du Parquet et d'Esnambuc avaient été les bons parrains de ce bourg fortuné jusqu'aux éruptions de 1902, grande banlieue de St. Pierre, il vibrait d'une vie ardente que lui transmettait sa métropole. Ses maisons agréables se groupaient, ou escalaient les mornes blotties dans la verdure. Un clocher rustique, quadrangulaire, casqué d'essentes, dominait une spacieuse église s'étendant à ses pieds.

L'eau des fontaines et des bassins bruissait alentour et son murmure se mariait au bruit des vagues écumantes martelant la plage brune.

Sa campagne était un véritable verger que ponctuaient les fleurs des bois multicolores, où le blanc, le bleu, le rose, le jaune se disputaient le soin de parer les buissons épars ; alors que le soleil à son déclin caressait doucement, en les faisant rougeoyer les fruits d'or : oranges, citrons et cacaos, de ce nouveau jardin des Hespérides.

Des cultures variées et de gras pâturages s'étendaient jusqu'au sommet de la montagne, qu'en aigrette, dominaient les essences les plus rares.

Et maintenant ?... quand survient le soir, sereine et languide dans sa course sidérale, la lune baigne de ses ondes argentées les coteaux dénudés et les rocs affreux, alors que la mer, dans son éternelle complainte, réfléchissant, dans ses eaux phosphorescentes, l'image des pans de murs croulants de l'ancien village telles des pierres tombales, berce de son chant monotone les songes évanouis du passé et les timides espoirs de l'avenir.

A l'arrière plan cependant, le volcan tapi dans sa masse immuable dresse sa cime cendrée que couronne un panche de fumée, et tel un sphynx colossal assoupi dans sa force, semble par ses cratères géants, menacer les pygmées accrochés à ses flancs. Le temps agit pourtant et la nature poursuit son oeuvre de guérisseur. Le Prêcheur, sous son aspect lunaire s'est désespérément rattaché à la vie. Ses habitants sont surtout marins ou agriculteurs.

Le marin a pour conquête les immenses plaines liquides de l'océan. Son métier est rude mais il est beau, et le matin, quand luit l'aube et que les apprêts de l'appareillage sont terminés, qui ne s'éprend du spectacle que présentent les blanches voiles des barques voguant dans l'infini bleu, alors que les mauves et les mouettes, rasant les flots, semblent de minuscules entraîneurs à ces pirogues caraïbes.

L'agriculteur à une vie moins mouvementée. Debout aux premiers feux de l'aurore, qu'annoncent le chant du coq et les abois des chiens, il gagne la campagne.

Toute la journée, il peine, sue et trime sous un soleil de plomb. Le soir, conscient du devoir accompli, il s'achemine vers le bourg pour retrouver la quiétude de son foyer.

Tombée du soir.... L'ombre gagne de proche en proche. Trêve aux soucis du jour, dans la douceur nocturne tout s'apaise.

Asthon Enguerrand Tardon

Histoire 

       
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