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Avant-propos


Pour qui n'est pas natif de la Martinique tout apparait singulier. L'insularité s'y ajoute ressentie de manières diverses selon les gens. Le continental français remarque l'exotisme, la mer, le soleil, le lieu resserré. L'histoire - vérité de cette terre, il l'ignore.

Notre famille antillaise a vécu l'île autrement. L'environnement était un quotidien normal. Nos parents n'avaient pas conscience d'un isolement, au début du siècle où l'on se déplaçait encore peu, personne ne voyait d'un regard les bords-frontières de ce pays.

L'océan ne semblait pas abîme mais lien entre le monde et eux. Il apportait aussi l'écho assourdi et déformé des lointaines origines et l'appel d'un avenir lié à des ailleurs.

Pour les nôtres partis jeunes étudier en métropole, la relation à la terre natale a évolué. Les particularités leurs sont apparues frustrantes. Tandis que l'attachement quasi-charnel à leur monde originel et unique demeurait inchangé.

Le passé a légué au présent une situation inextricable. La population actuelle comporte 9/10eme de gens de couleur, un peu de « monde entier » et une minorité blanche dualiste. Chacun de ces ethno-groupes nourrit des ressentiments anciens vis à vis des autres.

Dans le groupe majoritaire se trouvent ceux qui se réclament de la négritude et la classe générique des mulâtres, groupe ethnique tout à fait particulier qui a fini par posséder un phénotype particulier proche des Méditerranéens (R. Confiant "Aimé Césaire") et les métis.

Les premiers reprochent aux seconds d'être des « transfuges raciaux » qui ont fait leurs, les valeurs des colonialistes. Au crédit des mulâtres : avoir démontré que l'homme de couleur pouvait acquérir toutes les compétences.

Chercher à atteindre le niveau de la classe dirigeante dont ils descendaient aussi malgré tout, était pour les métis une revanche. « Et nous nous mîmes - mulâtres en tête - à confondre liberté et assimilation, urbanité et civilisation, liberté et francisation. » (Lettres créoles - P. Chamoiseau, R. Confiant p. 67 - ed. Hatier).

L'idéologie de la négritude était en rupture avec cette option. Encore que les mêmes auteurs ajoutent « la Culture française..... c'est une voie que les nègres emprunteront sitôt qu'ils l'auront décelée... ». Cependant Aimé Césaire dans « cahier d'un retour au pays natal » (1939) prit le nègre déchu jusque dans son nom et lui forgea dans un cri de colère une nouvelle dignité qui s'exprima dans la Négritude.

L'ethno-classe des blancs se divise entre les békés (blancs créoles) et blancs de France. Les békés maîtres absolus jusqu'en 1848 sont une caste amnésique convaincue de ses droits et de son excellence. Pour R. Confiant « c'est le groupe créole le plus obtus, le plus raciste et le plus dénué d'imagination de toute la caraïbe et l'Amérique latine » (une traversée paradoxale du siècle, P. 33 ed. Stock).

Cependant on ne peut généraliser. De nos jours les groupes humains ne présentent plus la même homogénéité. L'autre population blanche est métropolitaine, souvent formée de fonctionnaires qui représentent le pouvoir central. Elle se juxtapose aux autres groupes.

La minorité « monde entier » : koulis indiens, nègres bossales, asiatiques, syriens... venus après 1848, a été frappée d'ostracisme longtemps. Mais actuellement cette mosaïque a trouvé sa place.

Enfin une remarque, entre antillais « autochtones » et antillais partis vivre en métropole se manifeste parfois un peu d'acidité. Pourtant tous ces antagonismes n'empêchent par l'épanouissement d'un sentiment d'appartenance à une même communauté, la communauté créole.

France Tardon-Apprill

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