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Biographie


Joseph Asthon Enguerrand TARDON est né le 22 mars 1882 dans la maison de ses parents à Fond-Capot, commune du Carbet (lieu de débarquement de Christophe Colomb en 1502), il décède le 9 avril 1944 à Saint-Pierre (Martinique).

Déclaré par son père le 22 mars 1882, il est le cadet d'une famille de 5 enfants (2 frères et 2 soeurs). À sa naissance, sa mère Marie Philomène Léopoldine OLIVE est âgée de 24 ans, et son père Jean-Baptiste Antoine Enguerrand TARDON est âgé de 27 ans.

Son père exerçait la profession d'économe (intendant) sur une habitation. Avec la ruée vers l'or en Guyane, il décida avec son frère Eudovic de partir chercher fortune dans cette région. Son frère avec des associés obtint des milliers d'hectares de concessions aurifères, tandis que lui préféra établir un comptoir de vivres et d'outils pour les chercheurs d'or, se faisant payer en poudre et en pépites (Ceci selon le témoignage de Monsieur Gratiant, professeur d'anglais à la Martinique, qui avait vu les petits tonnelets de poudre d'or). Il avait également en provenance de Fort-de-France de la pacotille qu'il utilisait pour du troc avec les indiens. Il décédera en 1900 aux environs de Carsévène sur l'Oyapock dans les territoires franco-brésiliens, vraisemblablement assassiné à cause de cet or... Son fils Asthon, parti sur place après 1900 pour enquêter sur la mort de son père, a été lui-même blessé par un coup de feu et a dû abandonner ses investigations !

Durant cette absence, c'est donc sa mère qui assumera la charge de chef de famille. Elle aurait été aidée par le parrain de son fils Raphaël, Auguste LAPEYRE, ce dernier très aisé mais sans enfant, avait choisi son filleul comme héritier.

Après ses études, il occupe différents emplois, notamment à la Banque de la Martinique. À 20 ans il part en métropole pour effectuer son service militaire dans le 3eme régiment de ligne à la caserne Brusca de Nice pour une durée théorique de trois années.

Pendant ce temps, il y eut la terrible catastrophe de Saint-Pierre le 8 mai 1902, l'éruption de la montagne Pelée qui fit trente mille morts... le volcan a ainsi décimé la famille Tardon, ce jour là quatre vingts membres ont disparu, dont la mère, les frère et sœurs d'Asthon.

Suite à ces évènements, il a donc été libéré par anticipation, et à son retour en Martinique, il ne retrouve que des ruines et des cendres, les biens de sa propre famille ont été détruits (42.000 frs), dont 3 maisons en maçonnerie et à étages : rue Victor Hugo, 22 rue Longchamp, 18 rue des amitiés.

Ayant tout perdu, il est employé chez Mr Th. Bellonnie avec un salaire de soixante quinze francs et un loyer de vingt cinq francs. Ceci se trouve relaté dans une lettre ultérieure (21/07/1908) qu'il a rédigée à Liesse (Aisne) note1 où il était en séjour pour raison de santé et affaires, adressée à son cousin Édouard Marie O. note2

Son frère Raphaël ayant péri dans la catastrophe, c'est donc lui qui s'est retrouvé le seul héritier du parrain de son frère note3, Auguste Lapeyre. Quand celui-ci décède en 1904, cet héritage permet à Asthon d'acquérir plusieurs propriétés dans le nord de l'île, et une maison au 22 rue Amiral de Gueydon à Fort-de-France (à côté du Conseil Général). note4

Ces acquisitions, sa détermination à entreprendre et son sens des affaires ont permis à Asthon d'entamer une solide carrière de chef d'entreprise, tout cela est décrit dans les paragraphes suivants. Au fil des années, les acquisitions se multiplient, l'Anse-Couleuvre, l'Anse-Lévrier, l'Anse-à-Voile, le-Marigot, l'Autre-Bord, Cap-St-Martin, L'Anse-des-Galets, L'Anse-Capot, l'Anse-Dufour, Petit-Morne, la-Blanchette, Etage, Grand-Repos, Babin, Halte-de-Champ-Flore, etc...

Asthon Tardon s'est donc retrouvé à la tête d'un patrimoine très important de plus de mille hectares de terre. Asthon est un homme avisé, intelligent, cultivé, moderne, et entreprenant, il entretient des relations amicales avec le R.P. Delawarde et le professeur Lacroix. note5 Il s'informe, réfléchit, et se tient au courant de tout.

À son retour de métropole, il s'éprend de Berthe Waddy, qu'il épouse le 1er mai 1907 à Fort-de-France note6, elle avait 20 ans. Berthe était la fille d'un militaire, Henry Bertin Waddy. Jeune fille élancée, jolie, à la silhouette très féminine, elle avait un caractère très affirmé sous des dehors charmants. C'était une excellente pianiste qui avait préparé le concours d'entrée au conservatoire de Paris.

Le marié, lui, était assez grand, bien découplé, élégant, on le disait bel homme. Mais c'était également quelqu'un de très cultivé, affable, d'une grande urbanité. Il avait un faible pour les « humanités » et aimait la langue française, fenêtre ouverte sur le monde.

Cependant, français et créole cohabitaient sans complexe au sein de la famille. Le créole participait à la vie de tous les jours, il exprimait les sentiments, les complicités, se glissait dans la mémoire de l'enfance. Il créait une proximité dans les relations de travail sur l'habitation.

Asthon s'intéressait beaucoup à la littérature, curieux de tout, un inventaire fragmentaire de sa bibliothèque, dans nos archives, répertorie environ deux mille titres très éclectiques. Beaucoup de livres d'histoire, de politique, d'économie, d'art, de littérature et de belles collections classiques. Il avait d'ailleurs souscrit un abonnement permanent chez l'éditeur parisien Flammarion.

Il aimait aussi la musique et jouait lui-même de la flûte traversière. C'était un bel instrument en argent auquel il tenait beaucoup.

Cet intérêt pour les livres et les arts ne l'empêchait pas d'être un homme vigoureux au tempérament vif. Fin bretteur, il tirait fort bien l'épée et dans sa jeunesse s'entraînait au pistolet. Il possédait une très belle paire de pistolets et une épée à l'Anse Couleuvre. Très chatouilleux pour son amour propre ou sa fierté blessés, il ne plaisantait pas sur ce point et demandait réparation sur le champ. note7

Malgré toutes ces activités, il a été un père de famille attentif à l'éducation et l'instruction de ses cinq enfants :
- Asthon Gabriel (°1909 †1963)
- Raphaël Louis Thomas (°1911 †1967)
- Manon Renée Yvonne (°1913 †1989),
- Guy-Benoit Joseph Enguerrand (°1915 †1991)
- Eldée-Clara (°1917 †2007)

Pendant l'année scolaire il rejoignait sa famille chaque fin de semaine à Fort-de-France. Lors des vacances c'est eux qui venaient à l'Anse Couleuvre, parfois ils séjournaient au Morne Rouge.

Asthon craignait qu'une vie trop facile ne soit préjudiciable à ses enfants, aussi lorsqu'ils ont été adolescents, ils ont partagé certains travaux de la plantation. Les deux filles aidaient à emballer les citrons qui partaient à l'exportation. Les trois garçons participaient à la cueillette et à d'autres tâches pour lesquelles ils recevaient le salaire d'un employé (en 1935, un ouvrier touchait de 16 à 20 Frs par jour).

Si leur père était un peu une autorité « supérieure », leur mère Berthe W. Tardon et leur gouvernante assumaient l'autorité immédiate et vigoureuse. C'est accompagnés de leur mère qu'ils sont allés poursuivre leurs études à PARIS en 1929.

Malheureusement peu après le retour de Berthe W. Tardon, en 1933, est intervenue la séparation du couple et la « dispersion » des enfants devenus adultes. Maléfique, une « chabine chafouine » usant de quimbois et autres mixtures étranges participa à la rupture des conjoints.

Les dissensions familiales après la séparation des époux Tardon en 1933, ont été les prémices du déclin de l'entreprise, le prononcé du jugement en 1936 est accompagné d'un partage de biens, la « Halte du Champflore » cette riche terre à bananes de plus de 300 Ha revient à Berthe Waddy Tardon les titres de propriétés étant au nom de cette dernière.

Asthon Tardon est resté sur ses terres du Nord, dans certaines de ses lettres rédigées vers 1941-42, il se dit l'ermite de l'Anse Couleuvre. Durant cette période 1930 - 1940 les tensions internationales succédant à la terrible crise économique de 1929 ne laissent présager rien de bon pour Asthon, aussi les incertitudes et les difficultés multiples se font jour.

Cette expansion a été stoppée par l'éruption de la Montagne Pelée en 1929. L'arrêté du Gouverneur Canteau ordonnant l'évacuation de la zone volcanique a provoqué la fuite des travailleurs. Un grand nombre n'est plus revenu, la tragédie de 1902 était encore présente dans les esprits.

Sur l'habitation les conséquences sont graves, 50 Ha de citronniers détruits par les cendres, une main d'oeuvre devenue insuffisante et le pire, la route s'est effondrée en partie ainsi qu'une passerelle desservant les distilleries. La côte bordant les propriétés subit également des modifications. Là où s'étendait une grande plage de l'Anse Céron à l'Anse Couleuvre, permettant en particulier à Berthe Waddy TARDON d'y galoper avec sa jument, après les éruptions on a constaté l'immersion dans tout le secteur d'une large bande cotière de 200 m environ par effondrement sismique une éminence rocheuse qui se trouvait sur la terre ferme, « l'Ilet-Terre », s'est retrouvé en pleine mer à 300 m du littoral.

Aux divers problèmes causés par le volcan et qui désorganisaient l'exploitation il faut en ajouter plusieurs d'un autre ordre. Une distillerie neuve achetée en 1915, à l'américan trading compagny (USA) avait dû être arrêtée dès 1916 pour vice de construction. Asthon a demandé la résiliation de la vente sans succès. Il a alors entamé un long et coûteux procès. L'américan trading company a été condamnée à verser 1.250.000 Fr, mais elle a employé toutes les astuces juridiques et a réussi à ne pas payer. Vers 1929 - 1930, la créance était toujours pendante.

La chute des cours du cacao en 1932, a entraîné une mévente de la récolte, le prix de revient du kilo de fèves séchées est passé de 1,60 Fr à 1,40 Frs, d'où une sérieuse perte. Ajoutées à cela les problèmes de partage liés au divorce, la situation devenait inquiétante.

À partir de cette époque, la santé d'Asthon est très ébranlée, ce qui ne lui permet pas d'affronter avec énergie ces multiples revers. Affaibli, il donne mandat à certaines personnes peu scrupuleuses, qui mettent à profit ces circonstances pour confondre leur intérêt et le sien. Asthon ne peut que maintenir son patrimoine jusqu'à la 2ème guerre mondiale, soit 600 Ha de terre environ et une exploitation très ralentie.

En lisant sa correspondance de ces années là on le ressent assez amer, la lecture, l'écriture et la « réflexion » souvent philosophique l'occupent.

Cet homme avait un vrai talent d'écrivain, don qu'il a transmis avec bonheur à son fils Raphaël. Déjà dans certains discours au Gouverneur ou certains plaidoyers pour ses administrés il se laisse emporter par son lyrisme, sa poésie, son amour de la langue et des mots. Mais plus tard au soir de sa vie si parfois il rédige quelques pamphlets acerbes fustigeant la gabegie de l'administration coloniale ou nationale, il évoque aussi dans des textes en forme de contes avec verve, humour et sensibilité la spécificité de l'âme antillaise.

Asthon savait à merveille donner vie à des personnages truculents, d'écrire en quelques phrases la beauté de son pays natal où il plonge ses racines, d'autant que par sa mère un peu du sang des anciens caraïbes coule dans ses veines. Cet intérêt particulier pour les amérindiens l'a d'ailleurs incité à étudier ce qui avait paru sur ce sujet.

Issu d'un mélange de races et de cultures il a su s'en nourrir et en faire une vraie richesse intérieure qui jusqu'au bout de sa route l'a réconforté dans l'adversité.

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